 |
|
 |
| Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant |
| Auteur |
Message |
Laotzi Mangaversien·ne

Inscrit le : 07 Jan 2003 Localisation : Paris
|
Posté le : 21/06/07 16:09 Sujet du message: [LAST QUARTER] |
|
|
Tss, encore aucun sujet sur une nouvelle oeuvre de Yazawa, où va le forum ?
« Le destin pousse Mizuki à rencontrer le bel Adam, jouant une triste mélodie à la guitare. Elle fuit le domicile familial où elle ne se sent pas à sa place et elle commence à vivre avec lui ». (Présentation de l’éditeur sur la quatrième de couverture du volume 1)
[les spoils ont été cachés]
Ce synopsis concerne en fait le premier chapitre de ce tome, qui fait office de prologue visiblement, car l’histoire prend une tournure différente à partir du deuxième acte. L’œuvre commence par un monologue visiblement mélancolique, qui n’est pas sans rappeler des souvenirs aux lecteurs de Nana, et qui semble, comme dans cette dernière œuvre, provenir du « futur ». Les enchaînements temporels de ce premier chapitre sont d’ailleurs relativement complexes, car l’auteur fait plusieurs fois des allers retours. Plus exactement, l’auteur entremêle la rencontre des deux protagonistes entre des scènes se passant plusieurs jours après, si bien que l’on ne sait pas toujours très bien à quel moment on se situe. L’effet est certainement recherché et tend à donner de cette courte période de deux semaines (visiblement), pendant lesquelles Mizuki et Adam se rencontrent et vivent ensemble, un contour assez flou, sans vrai repère temporel, presque féerique, si ce n’est fantastique, au sens littéraire du terme.
Si le fantastique, proprement dit, n’intervient qu’à partir du deuxième chapitre qui lance véritablement l’histoire, un certain nombre de détails tendent déjà à faire douter le lecteur dans ce premier acte et à donner au récit un caractère étrange. La rencontre elle-même entre les deux individus paraît très irréelle, et Adam semble être presque tombé du ciel pour Mizuki, ce qui paraît d’autant plus extraordinaire, au sens littéral du terme, lorsque l’on apprend l’identité de ce jeune homme. Ce dernier reste constamment mystérieux, sa maîtrise de la langue japonaise étonne aussi Mizuki. Hormis une référence à son ex petite amie décédée, Adam reste totalement impénétrable. Ni Mizuki, ni le lecteur ne savent qui il est réellement, au-delà de son apparente identité de musicien professionnel, ce qu’il fait au Japon. Leur relation évolue extrêmement rapidement. Si l’on nous justifie, par la situation familiale de Mizuki, que cette dernière soit encline à quitter son foyer, il y a tout de même comme un air de rêverie. Cette atmosphère se poursuit dans leur vie quotidienne telle qu’on nous la présente, avec Mizuki qui cesse de se rendre au lycée ainsi qu’à son travail. Les deux individus vivent dans une grande maison, sans se procurer de ressources financières, en vase clos avec un temps qui semble suspendu. A côté de cela, l’auteur prend soin de bâtir un cadre réaliste (le « beeper », le contexte familial…), afin, justement, de faire ressortir plus encore l’étrange.
Le second acte commence par une scène qui semble ressortir du domaine du rêve, transition mettant en scène Mizuki, la narratrice du premier chapitre, et Hotaru, qui devient ensuite la protagoniste de l’histoire. Ce rêve, qui unit Hotaru à Mizuki, revient à plusieurs reprises dans le récit. L’histoire bascule alors véritablement dans le fantastique à partir de la rencontre « réelle » entre Mizuki et Hotaru dans la grande maison, lorsque Hotaru et Sae comprennent que Mizuki semble être un fantôme. Le lecteur que l’on est se trouve d’ailleurs dans une situation assez étrange. En effet, si l’on connaît davantage de choses que les collégiens qui tendent d’aider Mizuki, à savoir l’identité de cette dernière, son lien avec la maison et ce qui lui est arrivé, au moins en partie, on s’aperçoit finalement que les réponses aux questions essentielles nous échappent tout autant qu’aux personnages : pourquoi Mizuki est enfermée dans cette maison ? Qui était réellement Adam et que faisait-il au Japon ? Quel est ce lien qui unit Mizuki et Hotaru ? Qui est cette Sayaka Kamijô, à qui semble avoir appartenue la bague donnée par Mizuki à Hotaru et qui semblait vivre dans cette maison ?
Il est intéressant de noter l’apport particulier du manga en tant que médium. En effet, Mizuki, à partir du deuxième chapitre, n’est visible que par Hotaru. Cela est alors un moyen simple pour représenter l’alternance des points de vue. Le lecteur sait ainsi, selon que Mizuki soit « visible » ou non, quel est alors le point de vue de la scène, alternant entre Hotaru, Sae ou bien Mizuki, rebaptisée Eve (la symbolique avec Adam est lourdement mise en avant). A l’inverse, si l’aspect visuel peut donc être un atout, il risque aussi parfois de déséquilibrer la mécanique subtile d’un récit fantastique, c'est-à-dire d’un récit réaliste où se trouve introduit une touche de surnaturel, mais dans lequel le lecteur hésite sans cesse entre l’explication rationnelle ou la cause surnaturelle. Or, la présence visuelle du fantôme, sans équivoque, enlève la douce ambiguïté d’un récit purement littéraire. Par ailleurs, les personnages eux-mêmes n’ont plus guère d’hésitation pour adopter le parti de l’évènement surnaturel, ce qui accentue ce déséquilibre et ne fait pas véritablement de Last Quarter un récit fantastique au sens littéraire du terme. On pourrait ainsi dire qu’après un premier chapitre appartenant au domaine de l’étrange, la suite penche sensiblement vers le merveilleux sans toutefois y tomber, puisque le surnaturel apparaît accepté par les personnages, mais il ne fait pas parti de la norme. Plus que ces élucubrations théoriques sans grand intérêt, je l’admets volontiers, on touche à mon sens, sinon une faiblesse de l’œuvre, tout du moins une orientation déterminée, à savoir que l’auteur ne met pas au cœur de son récit les réactions des personnages face à ce surnaturel. Certes, Sae et ses petits camarades restent impressionnés mais ils acceptent très rapidement la nature fantomatique de Mizuki pour ne s’intéresser finalement qu’à la résolution de l’énigme que cela pose : qui est-elle et qui est cet Adam ? Malgré cela, des traits caractéristiques du récit fantastiques sont bien présents, en particulier l’étonnement et le doute suscités chez le lecteur. Si les détails étranges du premier acte pouvaient déjà intrigués, la suite de l’histoire introduit un doute chez le lecteur : Adam a-t-il réellement existé ? Ou bien cela n’était-il pour Mizuki qu’une illusion ?
Comme dans tous les autres œuvres de Yazawa publiées en français jusqu’ici, l’art est un thème important de l’œuvre, et plus particulièrement la musique. La rencontre entre Adam et Mizuki, tout d’abord, se fait autour d’un morceau de guitare. Adam se révèlerait être un guitariste professionnel. Enfin, le seul lien qui lie Mizuki à Adam, et plus encore le seul souvenir, partiel, qu’elle possède, est justement la mélodie de cette chanson qu’elle joue au piano. A l’inverse, contrairement aux autres œuvres de l’auteur, le contraste est assez saisissant entre l’âge des personnages principaux, collégiens, introduisant une certaine fraîcheur, une certaine naïveté, une atmosphère légère et candide, plus enfantine, et les thèmes abordés avec Mizuki, graves et sombres. Le premier chapitre, tout d’abord, extrêmement mélancolique, pleinement tragique au sens plein du terme, évoque, sans trop de subtilités, les difficultés d’insertion dans une famille recomposée de Mizuki. Ce thème n’est pas véritablement exploité et ne semble qu’un prétexte pour expliquer le départ soudain de la jeune fille de son foyer familial et son mal-être. D’une manière générale, l’ensemble de ce tome est traversé par une angoisse, celle de ne pas revoir l’autre, l’être aimé, qu’il s’agisse de son amant ou de son chat.
Sinon, pour pinailler (mais je suis là pour ça), si le fait d’avoir conservé un titre en anglais se justifie par le fait qu’il s’agit du titre d’une chanson, le sous titre français en page 4 aurait peut-être dû être « le dernier croissant de lune », plutôt que le dernier quartier, cela aurait été plus en accord avec le dessin qui représente un croissant et non un quartier de lune (il est vrai que « last crescent » en anglais, cela devait sonner moins bien pour Yazawa, mais elle aurait pu dans ce cas dessiner un quartier de lune).
Bref, ce premier volume est assez troublant. C’est la première œuvre possédant une touche de fantastique de Yazawa qui est publiée en français, si bien que cela lui donne une atmosphère très différente de ses autres mangas. S’il y a, comme souvent chez l’auteur, un arrière fond familial complexe, ou tout au moins sombre, l’humour n’est néanmoins pas totalement absent, en particulier avec le personnage de Sae. Last Quarter possède à la fois une tonalité plus grave par rapport à autres œuvres ici disponibles de l’auteur, bien que Nana surtout, et même dans une moindre mesure Gokinjo ou Paradise Kiss, n’en soient pas totalement exempts, mais aussi présente, paradoxalement, des protagonistes plus jeunes, même si ces collégiens ont finalement des préoccupations assez proches de leurs équivalents lycéens ou étudiants de Gokinjo ou Paradise Kiss. Une œuvre qui est donc pour le moment assez différente des autres mangas de l’auteur (y compris par rapport à Je ne suis pas un ange qui semble plutôt classique), dont on a encore un peu de difficultés à savoir où cela va nous mener, mais qui se lit avec un franc plaisir. _________________ "Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. (...) Il a des caprices, il faut qu'il les satisfasse." Victor Hugo, Napoléon Le Petit. |
|
| Revenir en haut |
|
 |
cosmos Mangaversien·ne

Inscrit le : 02 Sept 2002 Localisation : Suspended between being a nobody, nothing and everything.
|
Posté le : 21/06/07 16:33 Sujet du message: |
|
|
| Laotzi a écrit: | Tss, encore aucun sujet sur une nouvelle oeuvre de Yazawa, où va le forum ?  |
Le forum se complaît dans l'Actu, pour y donner des leçons aux éditeurs à grands coups de quotes~
Sinon, étant de manière générale assez enclin à (inciter Namtrac à) ouvrir de nouveaux topics, là je ne l'ai pas fait car je n'ai pas été plus emballé que ça. Les quelques mystères soulevés dans ce premier tome (et dont tu as déjà abondamment parlé) donnent certes envie de connaître la suite, mais d'un autre côté le personnage d'Eve/Mizuki est tellement ennuyeux à ne vivre que par et pour Adam (même si "vivre" est un grand mot dans ce cas-là ) que j'ai du mal à me sentir touché par sa détresse. Tout le côté sombre et triste qui est lié à la jeune fille me laisse donc complètement froid, et ne reste d'intéressant que le côté purement enquête, avec les initales dans la bague etc.
Après, la série est très courte et signée Ai Yazawa, donc il n'y a sans doute pas grand-chose à perdre à pousser la curiosité jusqu'aux deux tomes suivants. Mais bon, c'est plus pour l'auteur que pour le contenu de ce premier tome  _________________ "Dude, I accept the truth of your lived experiences, and I'm not going to tell you that your feelings were wrong." Squirrel Girl |
|
| Revenir en haut |
|
 |
namtrac Mangaversien·ne

Inscrit le : 02 Déc 2003 Localisation : The dark side of the road
|
Posté le : 22/06/07 21:29 Sujet du message: |
|
|
| cosmos a écrit: | d'un autre côté le personnage d'Eve/Mizuki est tellement ennuyeux à ne vivre que par et pour Adam (même si "vivre" est un grand mot dans ce cas-là ) que j'ai du mal à me sentir touché par sa détresse. Tout le côté sombre et triste qui est lié à la jeune fille me laisse donc complètement froid, et ne reste d'intéressant que le côté purement enquête, avec les initales dans la bague etc. |
Last Quarter étant le manga de Yazawa que je connais le mieux l'ayant lu et relu (vu qu'il ne fait que 3 tomes aussi faut dire, mais parce que j'ai vraiment aimé cette série), j'aurais du mal aujourd'hui à redécouvrir ce 1er tome objectivement, connaissant déjà la suite. En tout cas, le personnage d'Eve prendra évidemment de la consistance à mesure que les enfants (et elle-même) (re)découvriront qui elle est justement, son histoire, ce qui l'a menée là où elle est et ce qui l'empêche de partir.
Sinon je n'ai pas ressenti de côté sombre et triste non plus mais je ne sais pas si c'est franchement l'effet recherché, le mystère et le fantastique passent avant tout, il y a une certaine mélancolie mais pas d'insistance lourde sur le côté censément tragique, surtout dans la mesure où le gros du récit est vu à travers les yeux de Hotaru et Sae.
*léger spoil*
A part ça ce que j'ai trouvé vraiment intéressant et bien fichu dans cette série ce sont les 3 récits parallèles, le jeu entre les trois époques de l'histoire (les enfants / Mizuki / Adam), les parallèles mais finalement les divergences entre les 3 destins (parce que caractères des protagonistes différents, réactions différentes). _________________ "Sometimes in our lives, we all have pain, we all have sorrow
But if we are wise, we know that there's always tomorrow"
------------------------------------------------------
http://www.freerice.com/index.php |
|
| Revenir en haut |
|
 |
Yureka Mangaversien·ne

Inscrit le : 26 Juin 2007 Localisation : Dans Lost Saga
|
Posté le : 27/06/07 11:25 Sujet du message: |
|
|
Un nouveau manga d'Ai Yazawa sortant en France (enfin pas si nouveau que ça au Japon ... vive les fantaisies de l'édition française), je me devais de l'acheter.
1ère lecture : j'ai été plutôt dépaysée. Cette histoire là n'a rien à voir avec ses histoires habituelles mais je dois avouer que j'ai pas mal accroché.
C'est vrai qu'Eve n'est pas très intéressante au 1er abord mais j'aime beaucoup les 4 jeunes héros qui ammènent de la fraicheur.
Je suis d'accord avec vous à propos du côté sombre qui n'est pas très prononcé, contrairement à la mélancolie (que ce soit celle d'Eve ou celle d'Adam) qui elle est très présente.
Après la lecture de ce 1er tome, j'attends les deux autres avec impatience pour savoir pourquoi Eve est coincée et comment elle va s'en sortir. |
|
| Revenir en haut |
|
 |
|
|
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum Vous ne pouvez pas répondre aux sondages de ce forum
|
|